Les autopartageurs : une nouvelle race d’humains ?

Voilà qui nous met au pied du mur, avec cette nouvelle appellation ! Mais quelle est donc cette tribu-là ? Des gens qui réfléchissent avant de se déplacer ; qui s’organisent en amont ; qui anticipent et se sentent responsables … Hum, je n’en dis pas plus ! Lisez-donc l’article de Mobilicité.com, du 28.03.2013 : 

L’autopartage, passeport pour une autre mobilité

L’autopartage est un déclencheur de mobilités alternatives, démontre l’Enquête nationale sur l’autopartage, réalisée par le bureau d’études 6-T et présentée le 26 mars 2013, lors d’un colloque du Predit à Paris. Radioscopie des vertueux utilisateurs de ces services.


Le choix de l’autopartage (ci-dessus à la Rochelle) conduit à utiliser davantage les modes alternatifs à la voiture. © D.R

Les autopartageurs sont des mutants : 30% d’entre eux déclarent en effet que, depuis qu’ils partagent leur automobile, ils se déplacent plus souvent à pied et à bicyclette, et un quart assurent utiliser davantage les transports collectifs, selon l’Enquête nationale de l’autopartage, réalisée par le bureau d’études parisien 6-T, avec le soutien de l’Ademe et du Programme interministériel de recherche de d’innovation dans les transports terrestres (Predit). A l’inverse, le recours à l’automobile diminue: le taux de possession de voitures faiblit avec l’autopartage, tout comme le nombre de kilomètres parcourus (-41%).

Cette enquête riche d’enseignements a été réalisée en ligne, à l’été 2012, via les réseaux de France Autopartage (20 services sur l’Hexagone), de Transdev et de quelques autres opérateurs. Un peu plus de 2000 personnes ont rempli le questionnaire, soit un taux de réponse de 10%. La majorité d’entre eux adhèrent à des réseaux fonctionnant en boucle : la voiture est rendue dans la station de départ. Seuls deux services, en Ile-de-France (Autolib) et à la Rochelle (Yelomobile), sont des systèmes de « trace directe » : le véhicule peut être rendu dans n’importe quelle station.

Dépenser moins

Pour expliquer ces comportements vertueux, l’enquête dresse le portrait robot de l’autopartageur. C’est un actif urbain de 30-34 ans, avec ou sans enfant, très diplômé et disposant d’un niveau de vie correct mais ne roulant pas l’or. Sensible à son budget transport, l’autopartageur habite une métropole et se trouve confronté au problème du stationnement. La contrainte économique est essentielle : 51% des autopartageurs ont fait ce choix pour dépenser moins.

L’étude s’est aussi intéressée aux convictions et valeurs des autopartageurs. Leur caractéristique : ils n’ont pas d’opinions tranchées sur la mobilité. On ne les recrute ni chez les automobilistes forcenés, ni chez les militants alternatifs : ce sont des pragmatiques, qui ont, plus que la moyenne des Français, une image neutre de la voiture comme des transports collectifs.

Reprenant une typologie utilisée par le Certu, l’enquête situe les autopartageurs dans trois profils-types d’usagers  :

  • Les « automobilistes contraints à l’usage du transport public » (34,5% des autopartageurs). Leur comportement résulte directement des restrictions imposées par les pouvoirs publics.
  • Les « comparateurs de temps », qui adaptent leur mode de transport au déplacement projeté (28,4% des autopartageurs). Ces citadins savent zapper d’un mode à l’autre et jouer de leur « cocktail transport ».
  • Enfin les « ancrés dans la proximité » (21,8%), qui sont soucieux de leur environnement urbain et peu amateurs de modes motorisés.

Une offre trop peu visible

Près d’un autopartageur sur trois (29%) a fait ce choix au moment où se posait la question du renouvellement de la voiture. Pour autant, 17% des répondants n’invoquent pas d’éléments déclencheurs et 26% n’ont pas répondu. Le fait d’entendre parler de l’autopartage, de lire un article sur le sujet ou de voir une station, est souvent déterminant. La décision est alors rapide : 65% des autopartageurs sont passés à l’acte dans les six mois suivants.

Pourquoi un système si vertueux et apprécié ne se développe-t-il pas davantage ? Les répondants citent en premier lieu l’attachement à la voiture personnelle, puis la faible visibilité du système : l’offre est méconnue et encore peu répandue. Le bureau d’études 6-T estime que le potentiel de l’autopartage est énorme, sans toutefois le chiffre ou le préciser. C’est dommage, car l’autopartage se développera d’autant mieux que les territoires et populations cibles sont mieux identifiées.

En outre, et contrairement à ce que le titre de l’étude semble indiquer, il existe d’autres formes d’autopartage : c’est notamment l’autopartage informel, qui représentait entre 35 000 et 70 000 personnes selon l’étude réalisée en 2009 pour l’Ademe et le Prédit, et simplement intitulée « L’autopartage entre particuliers ».

Hélène Giraud

En savoir + :

Sur ces entrefaites, Lyon se lance dans l’aventure de l’auto-lib (après Paris). Article sur Mobilicités du 29.03.2013 :

Autopartage: Lyon adopte le système Autolib’

Lyon prend de vitesse Bordeaux et va déployer à partir de septembre le système d’autopartage mis au point par le groupe Bolloré. En trois mois, 50 stations seront installées pour 130 véhicules.

La ville de Lyon l’a confirmé le 28 mars 2013 : après Paris (fin 2011) et quasiment en même temps que Bordeaux (fin 2013), elle va mettre en service, à partir de septembre, le système d’autopartage Autolib’ developpé par le groupe Bolloré. Dans une première phase, jusqu’en décembre, 130 voitures seront proposées aux abonnées et 50 stations installées, à Lyon uniquement. Quelque 120 véhicules complèteront cette flotte courant 2014, avec des stations à Villeurbanne également. »Ce sera une réplique intelligente du dispositif parisien », a indiqué au journal « Les Echos » Gilles Vesco, vice-président chargé des nouvelles mobilités urbaines au Grand Lyon. Comme à Paris, ce sera un système de « trace directe » (l’abonné rend la voiture à n’importe quelle station) mais avec la possibilité de s’arrêter 2 heures en cours de route… et de profiter du stationnement sur voirie rendu gratuit pour les autopartageurs. Comme à Paris, le système utilisera des véhicules électriques, mais pas uniquement la Bluecar de Bolloré. L’opérateur serait en discussion avec Renault pour proposer à ces abonnés la Tweezy. La dernière innovation concerne l’alimentation en énergie. Toujours selon « Les Echos », Bolloré négocie avec la Compagnie nationale du Rhône (CNR) pour la fourniture d’électricité d’origine non nucléaire. La CNR fournit déjà le Grand Lyon.Ce système d’autopartage ne sera pas exclusif puisque la CNR étudie la mise en place d’un autre système d’autopartage dans le quartier Confluence, avec un partenaire japonais. Soif d’innovation ou peur du manque? Il est vrai que la capitale des Gaules a été échaudée: son premier service d’autopartage, Car2go, lancé en février 2012, avait dû suspendre le service en juin, suite à la plainte du loueur local Car Go. On ignore la future appellation de l’Autolib’ lyonnais.

H.G. (avec AFP)